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Bercy
 

Germain Brice retient le pavillon de Bercy des frères Paris pour sa distribution, qualité d'un bâtiment la plus admirée à l'époque: "Les Paris (...) ont fait construire un pavillon dans une partie des jardins de Bercy. Cet édifice qui n'a que dix toises de face, ne présente à la vue qu'un seul étage, quoiqu'il en ait cinq. La distribution en est très singulière; le comble est en plate-forme qui fournit une très belle vue; il ne parait aucune cheminée sur tout le Bâtiment".
Antoine et Claude ont acheté à Charles-Henri de Malon de Bercy, Intendant des finances, le 28 mai 1711, une partie de son domaine de Bercy qu'il songe à faire rénover, puis d'autres terrains en prolongement sur lesquels ils font bâtir le pavillon. Le 22 août 1721, Antoine se rend adjudicataire de l'ensemble pour 150 000 livres. Les terrains d'une valeur de 36 000 livres à l'achat voient leur valeur quadrupler par la construction de la maison. Monmartel en devient seul propriétaire en 1749.
Le Pâté Paris est un des monuments de la capitale. Mariette en grave une série de dix planches d'élévation dont un exemplaire est dédicacé de 1728. Le roi s'y rend de temps en temps, Stanislas Leszczynski en est un hôte fidèle. L'inventaire après décès d'Antoine Paris cite une salle de billard à l'entresol, un grand salon meublé de six grands guéridons portant six girandoles, une petite chambre attenante servant de chapelle et décorée de vingt-et-un tableaux peints sur bois, toile ou en tapisserie, représentant des sujets de dévotion, deux cabinets de part et d'autre du grand salon décorés d'anciennes laques de Chine et meublés façon de la Chine, et dans une chambre, douze médailliers de bois d'amarante garnis de cuivre contenant six cents médailles. La "curiosité" dont fait preuve Antoine Paris s'attache aussi, comme beaucoup de ses contemporains, à l'horlogerie. La maison des bords de Seine aurait ainsi été pourvue d'un atelier privé dont témoigne un "Inventaire général des outils et instruments d'horlogerie appartenant à Monsieur Paris qui existe dans sa maison de Bersy daté du 29 novembre 1723".
Le jardin du pavillon est également célèbre à l'époque d'Antoine, avec son orangerie abritant des essences rares: 182 pieds d'orangers, des lauriers roses, des myrtes, des jasmins, un palmier dattier, trois oliviers, dix grenadiers, des pistachiers, etc.
Monmartel devenu propriétaire y apporte quelque mobilier nouveau et en particulier une belle collection de porcelaines. Le duc de Croÿ amateur de beaux bâtiments, rapporte en 1763: "j'allai à cheval voir le superbe et singulier pavillon de M. de Monmartel, où sur quarante toises de large, il y a deux millions de dépense. C'est un des morceaux des environs de Paris où il y a le plus de goût, et neufs appartements de maîtres. La distribution mérite d'être étudiée et les porcelaines d'être admirées".
Le jardin de Monmartel hérité de son frère aîné contient toujours, au moment de la vente du pavillon au marquis de Marigny le 8 mars 1779, les arbustes à feuilles persistantes et odoriférantes: 64 orangers, 28 petits arbustes comme lauriers roses, grenadiers ou myrtes. Le parc est orné de broderies de buis à l'ancienne, auxquelles se mêlent des pièces plus modernes à l'anglaise avec des fleurons de gazon. Autour de ces parterres de transition sont disposés quarante-huit vases de faïence bleue et blanche. Le fond en demi-lune est fermé par un bois de haute futaie percé de trois allées avec des pièces en boulingrin. Le milieu du bois est ouvert d'une vaste clairière circulaire entourée de tilleuls et de rangs continus de charmilles. Le bois lui-même est ponctué de massifs de marronniers taillés à hauteur d'appui. Un potager est planté de quantité d'arbres fruitiers avec des plates-bandes, et dans son pourtour, un treillage abritant divers bancs de pierre. Il est fermé par la très vaste orangerie où sont rangés les arbustes odoriférants.

 

 

Brunoy
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Monmartel achète le domaine de Brunoy en 1722, et le fait aménager sous la direction de Jean Mansart de Jouy, dont on conserve les dessins de boiseries pour le grand salon (fig.1). Mais les éloges s'attachent davantage aux jardins auxquels Monmartel travaille tout au long de sa vie (fig. 2-3). Des serres chaudes, placées sous la responsabilité d'un jardinier hollandais, Bernard Van Huyssen, fournissent en fruits "exotiques" les somptueuses réceptions diplomatiques qui ont lieu à Brunoy. Des cascades sont alimentées par une exceptionnelle machine inspirée de celle de Marly (fig. 4) et conçue par l'ingénieur Laurent. En 1758 Monmartel obtient du marquis de Marigny, directeur général des Bâtiments, le privilège de faire venir des statues de marbre d'Italie pour ses jardins, deux statues de sept pieds (2,30m), trois petits groupes d'enfants et six vases. Une monumentale figure de fleuve en pierre de cinq mètres de haut, sculptée vers 1760 par Augustin Pajou, couronne la perspective. Le Louvre en conserve une réduction en terre cuite (fig.5). En 1760, Pajou vient d'être reçu à l'Académie. L'une de ses premières commandes est celle de Monmartel.

Ce sont les jardins qui firent la célébrité des frères Paris car ils sont au sommet de l'art de bâtir: non seulement ils participent à la symbolique architecture du monde créé, comme à Versailles du temps de Louis XIV, mais surtout ils ornent les fêtes de plantes exotiques et curieuses. Le jardin de bouche est devenu le nec plus ultra du luxe et du savoir-vivre.
Voici ce qu'en dit Jeze dans son Etat de Paris publié en 1761: "Cet emploi des richesses est l'un de ceux qui témoignent le plus de noblesse, de courage, d'intelligence et de goût" et de citer les serres du Roi à Versailles, Choisy, Trianon, Bellevue, l'Hermitage, puis celles de Monsieur de Machault à Arnouville, de du Vernay à Plaisance, de Montmartel à Brunoy et du Maréchal de Belleisle à Bisy. Et Jeze donne titre de noblesse à leur goût en intitulant son paragraphe "Serres et jardins curieux", élevant cet art des jardins exotiques au rang de la collection.

Brunoy est racheté en 1774 par le comte de Provence qui en fait le fleuron de ses demeures.

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